Interview #10 : pourquoi un apiculteur pro utilise des ruches Warré ?

Jérôme Alphonse est apiculteur depuis 10 ans. Avec sa femme, ils ont créé le GAEC “l’abeille du Vercors” il y a 3 ans. Cette année ils ont hiverné 350 ruches. Comme beaucoup de professionnels ils utilisent des ruches Dadant, mais ils utilisent aussi des Dadant divisibles et des Warré. Ils sont installés dans les plaines au pied du Vercors, à 350 mètres d’altitude, et à 20 minutes de la montagne. Et il met à profit cette situation pour hiverner en plaine (de septembre à juin)  et y faire une première miellée, puis il transhume en montagne fin juin pour profiter des floraisons décalées par l’altitude… et fuir les zones de cultures, trop souvent pesticidées.

Aujourd’hui le miel est leur principale source de revenu. Puis viennent les essaims et les formations. Ils élèvent aussi des reines, qu’ils vendaient, mais la concurrence est rude avec les pays à bas coût. Elles sont désormais élevées principalement pour leurs propres besoins. Il y a peu de temps, ils étaient labellisés en bio (AB)  mais ce label étant de plus en plus laxiste ils l’ont abandonné.

rucher ruche warre vercors montagne

Quelle ruche pour quelle production.

On conseille souvent aux débutants d’avoir un seul type de ruche pour se faciliter la vie (ou le travail).  Jérôme Alphonse est tout à fait d’accord avec la nécessité de standardiser le matériel, mais pourtant, il sait exploiter les qualités des différents types de ruches.

La ruche Dadant :  c’est une caisse bien trop grosse pour respecter le cycle biologique de la ruche qui se reproduit par essaimage au printemps, sur des miellées importantes. En revanche, avec des colonies fortes, elle permet de produire beaucoup de miel. Et c’est de ces ruches là qu’il tire le plus de miel. Ils les utilisent soit de manière classique (corps plus hausse 9 cadres)  soit en divisible ( uniquement des hausses de 9 cadres).  Le risque avec les Dadants, c’est d’avoir de l’essaimage “tardif” ( par rapport au cycle biologique de l’abeille)  et donc des essaims plus fragiles à l’hivernage car ils n’auront pas assez de réserves (donc nourrissement).  Pour produire des essaims et des reines, il utilise une autre ruche :

La ruche Warré :  bien plus petite, cette ruche respecte mieux la biologie de l’abeille et permet de créer facilement des essaims au début du printemps (sur les premières miellées),  et qui formeront des colonies autonome pour l’hivernage. En revanche, ces ruches produisent moins de miel. Il s’agit donc là de la version “extensif” de l’apiculture.

Nourrissement des abeilles

Selon les types de ruche les possibilités sont différentes. Avec des Dadants classique, si les provisions manquent, il faut nourrir via un nourrisseur (pour le sirop)  ou au candi.  Avec des ruches divisibles (“corps”  et “hausses”  identiques)  on peut combler un manque de réserves par des cadres de miel issus des “hausses”, répartir entre les ruches, etc. Un hivernage ainsi préparé demandera moins de surveillance / intervention durant l’hiver et le début de printemps. D’où un gain de temps et d’intrants (apports extérieurs : sirops, candi…) pour l’apiculteur… mais aussi moins de miel à vendre.

Varroa

abeille varroa apiculture apivar acarienContre cet acarien, Jérôme Alphonse a « tout » essayé ! Depuis le « zéro traitement » jusqu’à l’amitraze ( Apivar)  en passant par les acides (formique, oxalique…), les farines (pour forcer l’épouillage), la sélection, etc  Il a déjà eu des abeilles résistantes, mais il n’arrive pas à les multiplier. Il y a en effet plusieurs mécanismes leur permettant de résister, mais certains comme le VSH (Varroa Sensitive Hygiene) sont portés par plusieurs gènes, et sont malheureusement récessifs. Il a pu observer que certaines colonies savent vivre avec beaucoup de varroas, alors que d’autres souffrent ou meurent avec peu de varroas. Depuis quelque temps il travaille avec un vétérinaire sur ce sujet. Cette année il a « craqué » et a posé des bandelettes d’Apivar. Il a retrouvé des colonies populeuses au printemps. Cependant il ne veut pas que ce traitement devienne la règle, car à chaque fois qu’on assiste l’abeille dans sa lutte contre le varroa, alors on s’éloigne de la possibilité qu’elle retrouve un jour une autonomie face à ce prédateur.

Ses conseils pour bien débuter en apiculture

1 – Ses ruches, il faut s’en occuper. Sinon il s’agit de ruche de “biodiversité”, loin d’être inutiles, mais sur lesquelles il ne faut pas compter pour récolter quelque chose (même si ça peut arriver),

2 – Suivre ses ruches dans leurs cycles biologiques : au printemps, elles ont envie de se reproduire (essaimer) alors l’apiculteur doit les “aider” en les divisant,

3 – Contre le varroa, il faut faire un choix : traiter ou pas. Mais si on ne traite pas, il faut accepter de perdre ses abeilles. Quant au choix du traitement, il y a de nombreux choix à faire…

4 – Si on prélève du miel, il faut s’occuper des provisions : les surveiller et nourrir si besoin,

5 – Quant au nombre de ruche pour bien commencer, il conseil d’en prendre une seule, pour être sûr d’être à l’aise avec les abeilles. Mais dès qu’on peut, il en faut 3 minimum et 10 à 15 sur 2 ruchers permettront de progresser bien plus vite.

 

Quelle ruche pour commencer ?

Pour commencer, choisissez la Dadant pour faciliter les “échanges” avec vos voisins, collègues et fournisseurs. Ou alors, prenez une Warré si vous êtes un peu aventurier et que vous cherchez plutôt une apiculture simple, familiale et qui demande moins de temps. La Voirnot (qu’il ne pratique pas) serait peut-être un bon intermédiaire.livre pierre jean-prost apiculture - connaitre l'abeille - conduire le rucher

Coté lecture, les livres d’Eric Tourneret sont magnifiques, mais pour apprendre l’apiculture, il recommande la lecture de la bible : le traité Rustica de l’apiculture. Et pour approfondir vos connaissances théoriques, il faut avoir lu Pierre Jean-Prost : Apiculture : connaître l’abeille, conduire le rucher. Un livre cher, mais tellement riche qu’il en vaut le coup. Evidemment, Mon petit rucher bio, le livre qu’il a écrit, et que je chronique ici. Sinon, on peut aussi lire les livres de Jean Riondet, très pédagogiques et bien illustrés, même s’il ne partage pas ses points de vue sur les traitements et le nourrissement.

Un grand merci à Jérôme Alphonse pour le temps qu’il m’a offert, ainsi que pour tout ce qu’il m’a appris. N’hésitez pas à visitez son site internet où vous trouverez de magnifique photos, mais aussi son calendrier de formation, ou bien la possibilité de vous inscrire à une newsletter ou à des formations en ligne.

Et à vous tous qui me suivez depuis mes débuts sur ce blog, un grand merci aussi, car avant l’hiver je m’étais lancé le défi d’interviewer 10 apiculteurs dans l’hiver et vous venez de lire le 10ème ! Défi accompli !  :-) 😛 😀   Alors encore merci à vous tous qui m’avez aidé en cliquant sur « j’aime » sur Facebook ou en partageant ! Continuez, j’en ai besoin.

Jérôme BOISNEAU

Recherches utilisées pour trouver cet article : pourquoi choisir une ruche warre.

2 commentaires dans “Interview #10 : pourquoi un apiculteur pro utilise des ruches Warré ?

  1. Ca vas bcps m’aider
    mais commencer avec 1seule ruche????
    j’ai commencé avec 10 ruches (en 2012) ,l’hiver passé je me suis retrouvé avec 2 ruches(heureusement)

    • Bonjour Hettal. Il précise bien que « une » ruche, c’est juste le temps de voir s’il n’y a pas « incompatibilité » entre les abeilles et le (futur) apiculteur débutant. Le mieux étant sans doute de pratiquer 2 ou 3 fois chez un apiculteur, si on en connait un…
      Quant à vos ruches, vous connaissez les causes de cette mortalité ?
      Bonne saison à vous,
      Jérôme BOISNEAU

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