Interview #4 : apiculture familiale en Mayenne

Patrick est en Mayenne, et s’il s’intéresse aux abeilles depuis une vingtaine d’années, il n’a commencé avec ses propres ruches qu’il y a 10 ans, quand l’occasion s’est présentée de pouvoir poser des ruches proches de sa maison. Il tenait beaucoup à cette proximité pour pouvoir les observer souvent.

Comment Patrick a débuté l’apiculture ?

essaim d'abeillesLa première année, au printemps, il a récupéré 2 essaims sauvages. L’un des deux était tellement fort qu’il a réussi à le diviser et à récolter dans la saison. L’autre n’a pas donné de miel. Il a donc fait hiverner 3 colonies dans des ruches Dadant (la Dadant a été choisie car c’est le modèle dominant chez les apiculteurs autour de chez lui). Aujourd’hui, après de multiples divisions et récupérations d’essaims, il a une dizaine de ruches, réparties sur 3 ruchers, dans un rayon de 3 Km autour de chez lui. Toutes sont sédentaires et produisent en moyenne 15 à 20 Kg de miel / an / ruche, mais avec de fortes disparités. Celles qui ne produisent pas assez, ne sont pas du tout récoltées, alors que d’autres le seront 2 fois dans la saison. Son objectif étant d’assurer l’autoconsommation, il ne pousse pas les colonies faibles : il s’assurera juste qu’elles hivernent bien.

Ses ruches, Patrick les a achetées, ce qu’il conseille, car en Dadant il faut une bonne précision pour la compatibilité entre les cadres, les corps et les hausses.

L’observation des ruches : la clé de l’apiculture

Ses 3 ruchers sont assez différents, et lui procurent des observations variées.

  • Le premier est péri-urbain, et profite ainsi de la ville et de ses jardins d’un coté, et d’une zone de cultures de l’autre
  • Le second est en campagne, proche d’une zone industrielle.

ruche dadant neige

  • Le troisième est au milieu d’une zone de cultures

Ses observations, il les fait surtout au trou de vol, et avoir plusieurs ruches au même endroit lui permet d’apprendre en comparant des ruches qui bénéficient des mêmes conditions. A chaque fois qu’il peut, il passe voir ses abeilles. Tous les jours au mieux. Et au minimum 2 visites par semaine. En revanche, il ouvre les ruches le moins souvent possible, mais tout de même 3 à 4 fois par an :

  • Au printemps : il s’assure du bon état du couvain, que la ponte est bonne et qu’il n’y a pas de maladies,
  • Printemps/été  : il récolte,
  • En septembre : il contrôle avant hivernage. Il note l’étendue du couvain et les quantités de réserves. Si c’est le moment, il en profite pour traiter contre le varroa,
  • Et enfin, pour enlever le traitement anti-varroas.

Mais il ouvrira aussi pour observer

essaim ruchette abeille

    • Les ruches qui ont essaimé, pour savoir si la nouvelle reine s’est mise à pondre,
  • Les nouveaux essaims installés en ruchettes, pour savoir s’il les laisse en ruchettes ou s’il les passe dans une ruche,
  • Pour toute autre raison si les observations au trou de vol révèlent un comportement inquiétant.

 

Faire baisser la pression des Varroas

Pour Patrick, le « comptage pas dessous » (sur une planche graissée, posée sous le fond grillagé de la ruche) n’est pas suffisant pour bien connaître l’état d’infestation de la ruche. Et depuis 10 ans, il n’a observé aucune ruche qui n’avait pas du tout de varroas. Alors tous les ans, il traite. Si les conditions (et prévisions) météo le lui permettent (pas trop froid ni trop chaud), alors ce sera au thymol, pour éviter d’introduire dans ses ruches des produits pharmaceutiques. Mais s’il ne peut pas, alors ce sera Apivar ou Apistan, selon les recommandations de son GDSA.

Son conseil aux débutants :

 « ne pas penser – en tout cas pas dès le début – qu’on peut démarrer sans rien faire contre le varroa »

Pas de problèmes avec la fausse-teigne

En étant rigoureux, cet insecte – qui peut embêter les apiculteurs dans les ruches et dans les stocks de cadres bâtis – ne lui pose pas de souci. Il fait particulièrement attention :

  • Aux colonies faibles ou petites, et à celles qui viennent d’essaimer. Car en cas de mauvaise reprise, la fausse-teigne pourrait en profiter,
  • Aux cadres bâtis, qui doivent être stockés dans un endroit abrité de la pluie, mais pas des courants d’air, car ce papillon n’aime pas ça. Il empile donc ses hausses pour former une cheminée, avec du grillage fin en haut et en bas, pour que l’air circule.

 

Récolte du miel de colza

extracteur miel apicultureCe miel a la particularité de figer vite. Très vite même. À tel point qu’il se retrouve rapidement figé dans les alvéoles, avant extraction et s’avère alors impossible à extraire. Du coup, à la saison du colza, il doit réagir vite, et pour être sûr de pouvoir extraire, il a son propre extracteur. Et au rucher, il passe 2 fois. La première fois en cours de miellée, où il récolte cadre par cadre ceux qui sont suffisamment operculés. La deuxième fois, 7 à 10 jours après.

Nourrir les abeilles, seulement si nécessaire

apiculture candi abei fondantLes ruches qui n’ont pas beaucoup de miel ne seront pas récoltées, mais si leurs réserves ne suffisent pas, alors il leur donnera du sirop, assez tôt en fin d’été, pour que ce soit les « abeilles d’été » qui se chargent de transformer ce sucre pour le stocker dans les rayons. En leur donnant ce sirop plus tard, ce seront les « abeilles d’hiver » (celles qui sont nées récemment, et qui sont prévues pour passer l’hiver en grappe pour que la colonie redémarre bien au printemps) qui feront le travail, et vieilliront prématurément, en rendant plus périlleux l’hivernage. Durant l’hiver, elles recevront du candi (Abei Fondant), si besoin, par paquet de 2,5 Kg.

Pour connaître les besoins des abeilles, Patrick se base sur ses observations quand il peut ouvrir, et sur la pesée arrière. Il pèse en effet régulièrement ses ruches en commençant après la récolte d’été, et jusqu’aux premières « grosses miellées » du printemps. Il connaît le poids vide de chaque ruche et note toutes ces pesées dans un cahier pour connaître l’état des réserves au fil de l’hivernage.

S’améliorer en apiculture

Pour améliorer ses pratiques apicoles, Patrick a tout d’abord beaucoup lu. Voici ce qu’il conseille de lire :

vie et moeurs des abeilles - Karl Von Frisch

Les routes du miel - Eric tourneret

Et de voir :

Et pour aller plus loin, comme beaucoup d’autres apiculteurs, il prend des notes (un carnet toujours dans la poche, qu’il remet au propre en arrivant à la maison) tout au long de la saison, mais surtout, chaque hiver, il s’astreint à relire toutes ses notes et à en faire un résumé qu’on pourrait intitulé « ce que j’ai appris cette année ». Et grâce à ces habitudes (noter, relire et résumer), il a beaucoup progressé.

La pratique en binôme – qu’il s’organise avec d’autres apiculteurs – est aussi un bon moyen d’apprendre des autres : quand il a une visite ou des travaux à faire au rucher, il invite un autre apiculteur à venir en tant que « observateur / assistant ». Puis, ils inversent les rôles dans le rucher du collègue.

Enfin, pour aider les autres à démarrer ou à se perfectionner, il s’investit dans l’association départementale qui regroupe principalement des apiculteurs amateurs, mais aussi quelques pro. Ils organisent des formations, des journées à thèmes, des achats groupés, etc.

Pour en connaître un peu plus sur les ruches et le miel de Patrick – que je remercie au passage pour le temps qu’il a bien voulu consacrer à cette interview, et tout ce qu’il m’a appris – vous pouvez visiter son blog sur l’apiculture familiale qu’il tient depuis déjà 5 ans. Et comme d’habitude, j’ai besoin de vos retours pour continuer, alors n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous !

Jérôme BOISNEAU

5 commentaires dans “Interview #4 : apiculture familiale en Mayenne

  1. J’aurais une question.
    Quand Patrick dit : « le « comptage pas dessous » (sur une planche graissée, posée sous le fond grillagé de la ruche) n’est pas suffisant pour bien connaître l’état d’infestation de la ruche », que suggère-t-il pour bien connaître cet état d’infestation ?

    • Bonjour
      Je me permets de répondre directement. En fait, je veux simplement dire que ce comptage est utile ( tant qu’on n’a pas trouvé de techniques alternatives simples et vraiment convaincantes). Mais il faut relativiser les résultats car, selon ma petite expérience, le niveau d’infestation n’est pas toujours proportionnel au nombre de varroas trouvés sur le tiroir du plateau.
      Autrement dit, le débutant qui ne voit pas de varroas sur la planche (ou qui n’en compte que quelques spécimens sur une semaine) ne doit pas conclure hâtivement que sa colonies est exempte ou faiblement touchée.
      Il existe des colonies plus nettoyeuses que d’autres, ce qui fait que deux colonies avec le même niveau d’infestation ne laisseront pas les mêmes traces visibles sur le plateau.

      • Merci ! C’est bien ainsi que je l’entendais. Effectivement, ce n’est qu’un indicateur approximatif qui doit être interprété au regard de la colonie. Mais il demeure malgré tout un indicateur intéressant. De plus, l’observation du tiroir donne de nombreuses autres indications sur l’activité de la colonie, pour un œil avisé :) comme la consommation, la rentrée de miel, de pollen, la construction, la place du couvain, l’hygiène de la colonie, etc.

        Il y a une autre méthode d’évaluation que je n’ai jamais essayée. Elle est un peu plus précise, ou tout au moins, elle est complémentaire au comptage sur le tiroir de fond. Il s’agit du comptage des varroas phorétiques (ceux qui sont sur les abeilles).
        La voici telle que je l’ai retrouvée sur le Net (GDSA83) :

        Le principe est de ramasser environ 150 à 300 abeilles par colonie sondée dans un pot en verre de 500ml et de séparer les abeilles et les varroas pour estimer le nombre de varroas pour 100 abeilles
        Méthode du sucre glace en poudre :

        Matériel nécessaire :
        Deux plateaux blancs à rebords
        Trois bocaux à couvercle modifié (grillagé)
        Sucre glace
        Cuillère de mesure
        « Verre doseur » à abeilles (100 ml)

        – Echantillonnage des abeilles :
        Pour chaque ruche à mesurer, prélever deux cadres de couvain dans le corps de la ruche. Vérifier que la reine ne se trouve pas sur ces cadres.
        Secouer les deux cadres au-dessus d’un plateau pour y faire tomber les abeilles.
        Remplir le verre doseur à abeilles à ras bord (300 abeilles) avec des abeilles du plateau, et les transférer dans un bocal.
        Répéter trois fois pour obtenir trois bocaux contenant chacun 300 abeilles.
        – Enrobage des abeilles :
        Dans chaque bocal, ajouter une cuillère de sucre glace à travers le couvercle grillagé.
        Secouer rapidement pour répartir le sucre glace.
        Laisser reposer deux minutes minimum. En bougeant, les abeilles vont s’enrober de sucre glace.
        – Récupération et comptage des varroas :
        Retourner un bocal et le secouer vigoureusement au-dessus du plateau blanc pendant quelques dizaines de secondes (jusqu’à arrêt de chute des varroas).
        Ajouter une deuxième cuillère de sucre glace et effectuer plusieurs rotations du bocal pour répartir le sucre.
        Secouer à nouveau le bocal au-dessus du plateau pendant quelques secondes.
        Compter le nombre de varroas recueillis dans le plateau après les deux phases de poudrage.
        Réitérer la procédure avec le deuxième puis troisième bocal.

        Décompter le nombre de varroas pour chaque bocal. La densité de varroas phorétiques pour 100 abeilles d’une ruche est obtenue en divisant par trois la moyenne des trois comptages successifs.

        • Salut Patrick et Patrick FAVER, et merci pour ces compléments d’information.
          @Patrick FAVER : tu pourrais donner le lien de ta source pour la technique de comptage des varroas phorétiques ?
          Merci d’avance,
          Jérôme B

          • C’est une technique de comptage dont j’avais entendu la présentation lors d’une réunion/formation sur les maladies des abeilles et dont j’ai retrouvé l’explicatif sur le site du GDSA83.
            En voici le lien :
            http://gdsa83.fr/evaluation-varroa/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *