Interview #5 : un apiculteur pro sur les rails !

Jean-Luc, 46 ans, est apiculteur depuis 10 ans. Avant il était routier à l’international, mais il en avait marre et voulait passer plus de temps chez lui, en Creuse. Il a fait une formation et un stage pour devenir apiculteur et a vendu sa voiture pour s’équiper ! Dès la première année, il avait 100 ruches. Aujourd’hui il en a 300. Nous allons donc découvrir avec Jean-Luc, sa façon de travailler.ruche rail voie ferre sncf

Dans son parcours, il a connu des hauts et des bas, mais le plus bas c’était l’hiver 2012 : il a perdu 95% de ses ruches. Pour la plupart des « pertes inexpliquées » avec encore du miel en réserve. A cette époque, il transhumait encore (colza / tournesol). Mais depuis 2 ans, il laisse ses ruches toute l’année au même endroit, dans des landes et forêts pleines de châtaigniers, à 600 mètres d’altitude en climat océanique. Il ne fait plus que du miel toutes fleurs, et n’a aucun problème pour le vendre.

Ses ruches

Il n’a que des ruches Dadant 10 cadres, certaines sont en bois, d’autres en plastique. Et il les a équipées de « parois chaudes ». Il remplace les 2 cadres de rives par des « vieux » cadres remplis d’une plaque de polystyrène, qu’il entoure d’isolant mince réfléchissant. Ça réduit donc ses corps de ruches à 8 cadres, ce qu’il trouve plutôt bénéfique, car au printemps les abeilles montent plus vite dans les hausses. Depuis qu’il fait ça, il a constaté un démarrage plus précoce de 2 semaines, un besoin réduit en réserves car « elles mangent moins », et moins de mortalité. Parfois il ajoute aussi de l’isolant mince réfléchissant au-dessus du nourrisseur.

Si la colonie est petite, il pose des cloisons (cadre isolé, posé en 2ème ou 3ème position en partant de la rive) avant l’hivernage, pour réduire le volume à maintenir chaud par les abeilles.

Pour connaître l’activité de ses abeilles sans avoir à ouvrir quand il fait froid, il pose un thermomètre à lecture déportée au cœur de la grappe, avec lecture de la température à l’extérieur. Et il explique qu’à 28° il n’y a pas de ponte, et la colonie consomme environ 500 grammes de Candi par mois. A 34°, il y a de la ponte et du couvain. La consommation de Candi est alors plutôt de 500 grammes par semaine.

cadre ruche dadant fils verticaux apiculture

Cadre Dadant à fils verticaux

Pour ses cadres, il met les fils verticaux. Il trouve que ça tient mieux qu’à l’horizontal aussi bien pour les cadres de corps, que pour ceux des hausses qui doivent résister à l’un de ses 2 extracteurs 20 cadres. Et contrairement à la pratique largement enseignée de les changer tous les 3 ans, lui, ne les change que quand ils cassent.

Un rucher sur les voies ferrées !

Jean-Luc est passionné de trains et fait même revivre certains vieux tacots sur des voies inutilisées près de chez lui. Et un jour en voyant que certaines voies désaffectées étaient longées de magnifiques ronciers, il a demandé à la SNCF s’il pouvait y poser des ruches. Et c’est comme ça qu’il a commencé un rucher le long d’une portion de 1500 mètres . L’accès n’est pas facile, mais il s’est organisé. Il utilise même les rails pour y faire rouler un petit wagon pour récolter.

Sa recette pour les sirops

Pour faire son sirop en grande quantité, Jean-Luc a acheté un tank à lait, dans lequel il met l’eau à chauffer (40 à 50 °) puis ajoute le sucre et des minéraux. S’il veut stimuler la ponte, il ajoute aussi des protéines (farine de pois ou à défaut levure de bière). Il distribue ensuite ce sirop grâce à une moto-pompe.

Sa technique pour le Candi

Avant, Jean-Luc achetait son Candi, mais quand il a pu acheter un vieux broyeur à céréales (broyeur à marteaux utilisé pour transformer les céréales en farine), il l’a équipé d’un tamis à 0,5 mm. Depuis il broie du sucre cristal pour obtenir une poudre fine (mais pas aussi fine que du sucre glace). Il ajoute de l’eau tiède à chaud, à raison de 4Kg de sucre pour 1 litre d’eau, et un peu de vinaigre. Il mélange le tout dans une bétonnière (dédiée à ça). En refroidissant, ça durcit.

Son calendrier de nourrissement

Les ruches ne sont pas nourries systématiquement, mais seulement s’il estime qu’il y a besoin. Pour savoir, il pèse ses ruches par pesée arrière. Pour l’hivernage, après la récolte des hausses, elles doivent faire 30 Kg. En dessous, il nourrit au sirop pour qu’elles atteignent ce poids avant qu’il fasse froid. Ensuite, rien jusqu’en janvier, où il met du Candi à celles qui en ont besoin. Cette fois-ci, il se base sur les observations qu’il a faites en décembre quand il a ouvert pour son 2ème traitement anti-varroas. Durant l’hiver et au début du printemps, il en rajoute si elles mangent. En avril, s’il veut développer la ponte, il passe au sirop protéiné. Attention à l’essaimage !

Enfin, il fait très attention au printemps, quand les colonies sont développées et qu’il pleut pendant de longues périodes, les abeilles ne rentrent rien, alors il donne à nouveau du sirop pour éviter la famine.

Lutter contre le varroa : plutôt deux fois qu’une !

Apivar languette apiculture ruche dadantEn traitant à l’Apivar en août, le plus tôt possible après la récolte, il indique éliminer environ 60% des varroas. Et pour diminuer encore la pression des varroas, il fait un deuxième traitement en décembre. Et grâce aux observations qu’il fait sur les langes graissées qu’il met sous les fonds grillagés, il reconnaît les colonies les moins infestées (et donc celles qui ont un meilleur comportement de nettoyage), et c’est avec celles-là qu’il fera des divisions au printemps pour remplir les ruches mortes durant l’hiver.

Ses conseils à ceux qui débutent en apiculture

  • Pour commencer, il faut au minimum 2 ou 3 ruches, pour pourvoir apprendre en les comparant. Car avec une ruche, on ne peut pas savoir si un comportement est normal ou pas. Et avec 3 ruches, on peut commencer à sélectionner.
  • Attention à porter des vêtements clairs, et à ne pas être parfumé (déodorant, après rasage, etc) : elles n’aiment pas ça.
  • Ne pas ouvrir trop souvent, mais quand on ouvre, commencer par une rive et bien observer les réserves, le couvain, la ponte. À force d’observations, on apprend à voir quand quelque chose ne va pas.
  • Observer le trou de vol.
  • Lire « devenir apiculteur professionnel » de Jean FEDON, même si on ne veut pas être pro.
  • Prendre des notes … et les relire !

Merci à Jean-Luc pour ses conseils et le récit de ses pratiques parfois peu académiques, mais qu’il partage volontiers dans cette interview ou sur sa page Facebook.

N’hésitez pas à utiliser les commentaires ci-dessous pour réagir et me donner votre avis !

Jérôme BOISNEAU

 

 

2 commentaires dans “Interview #5 : un apiculteur pro sur les rails !

  1. Je suis moi même apicultrice très amateur dans le Nord de la Creuse. Cet été j’ai eu un gros arrêt de ponte dû à la sécheresse (il n’a pas plu pendant 10 semaines avec chaleur caniculaire). Avez vous eu egalement ce probleme ? Bonne continuation dans votre activité. Jo

    • Bonjour,
      J’ai moi aussi connu cette sécheresse dans le Gers, et ça a provoqué un arrêt dans la croissance de la colonie. Puis une régression par non remplacement des abeilles qui mourraient de vieillesse. C’est un phénomène normale à l’automne quand elles préparent l’hivernage, mais cette année c’était très tôt, et très fort.
      Jérôme BOISNEAU

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