interview #6 : comment Wendy est passée de 2 à 200 ruches

Wendy et son mari ont démarré l’apiculture il y a 6 ans, avec 2 ruches locales : des alsaciennes, pour « avoir des ruches dans mon jardin« . Et le virus les a piqué ! Aujourd’hui Wendy a presque 200 ruches et compte doubler l’année prochaine. Pour arriver à ce résultat si rapidement il a fallu investir, mais pas seulement de l’argent. Ils ont beaucoup travaillé et sont très rigoureux. Ils ont fait des erreurs au début, et elle en parle sans détour. Pour éviter que d’autres fassent les mêmes, et aussi pour dénoncer certaines pratiques pourtant encouragées par certains fournisseurs du milieu apicole.

Les ruches de Wendy

rucher verger apiculture abeilles ruches Après avoir commencé sur des ruches alsaciennes, ce sont des Dadant qui ont équipé ses ruchers. En bois de douglas, qu’elle recouvre de thermopeint (à l’extérieur) puis d’une couche de peinture bio pour ruches avec des pigments pour disposer de nombreuses couleurs de ruches différentes. Sous le corps, il y a des planchers Nicot, et au-dessus, des nourrisseurs Nicot aussi, puis un toit en tôle galvanisée. Les 200 ruches sont divisées en 5 ruchers, dont un fixe. Les 4 autres transhument parfois loin pour avoir par exemple du miel de sapin, dans les Vosges. Les autres transhumances se font sur colza bio, acacia, tilleul et châtaigniers. Wendy va voir ses ruches 2 fois par semaine et à la saison, elle les ouvre toutes les semaines. Quand elle les ouvre, elle ne sort pas forcément de cadres, ça dépend de ce qu’elle voit, mais voici la liste de ce qu’elle cherche à connaître :

  • La quantité d’abeilles,
  • L’état et la quantité de couvain,
  • L’état et la quantité de ponte,
  • La quantité de réserve,
  • L’état sanitaire,
  • Les signes d’essaimage (trop de couvain, manque de place, cellules royales…)

Ses débuts et ses erreurs en apiculture

Après une formation dans un rucher école, elle a été accompagnée par un apiculteur pro et a notamment suivi ses recommandations à propos du sirop de nourrissement, en achetant du sirop à base d’amidon de blé, qu’on trouve chez beaucoup de fournisseurs pour apiculteurs. Malheureusement, après avoir nourrit leurs 50 essaims avec ça, ils ont du faire face à une épidémie de dysenterie. En cherchant les raisons de cette catastrophe, Wendy a compris et appris beaucoup de choses. Il existe de nombreuses formes (chimiques) de sucre. Le fructose et saccharose peuvent être digérés par l’abeille,cuve 1000 litre apistar bio mais pas le maltose. D’où les problèmes digestifs à l’origine de la dysenterie. Depuis elle n’achète que du sirop sans maltose, à base de betterave sucrière ou de canne à sucre : Apistar Bio, chez Icko. Vu les quantités, elle achète des cuves de 1000 litres, et il se conserve très bien, même plusieurs mois après ouverture, alors qu’il est entreposé dehors.

Les conseils de Wendy pour bien démarrer avec vos abeilles

    • Pour la facilité d’échange et d’achat, démarrer avec du matériel standard (donc ruche Dadant),
    • Minimum 4 ruches, dont au moins une vitrée pour l’observation
    • Bien gérer les varroas,
    • Dès le début, apprendre à diviser, à lutter contre l’essaimage et à remérer (d’où le besoin des 4 ruches),

 « Une bonne abeille, elle produit, elle pique, elle est propre et rustique »

    • Démarrer avec de bonnes abeilles, en achetant des essaims + Reine, sur 6 cadres, en Mai, à un apiculteur local, pour avoir des souches locales donc adaptées aux conditions climatiques etc…
cadre isolé paroi chaude stirodur apiculture ruche

Fabrication des cadres isolés

    • Si la colonie est petite au moment de l’hivernage, remplacer les 2 cadres de rives par des cadres isolés en Stirodur. Comme ça elles n’hivernent que sur 8 cadres (donc moins de volume à réchauffer) et les cadres isolés les aident à maintenir la température de la grappe (système parois chaudes).

 

Equipée comme une pro !

Très vite Wendy a décidé de devenir professionnelle, et s’est équipée directement avec du matériel adapté à un grand cheptel. La miellerie est donc déjà bien équipée.

  • Chambre chaude, à 35°, avec déshumidificateur pour y stocker par exemple les cadres de miel de colza en attente d’extraction ou pour pouvoir faire des miels monofloraux : en effet, quand la floraison de l’acacia se termine, les abeilles ne vont pas gentiment finir de sécher le miel puis operculer les alvéoles en attendant que Wendy récolte. Non, elles vont continuer à remplir les alvéoles avec le nectar d’autres fleurs qui prennent le relais après l’acacia. Alors adieu le miel d’acacia…Pour éviter ça, Wendy retire ses hausses dès la fin de la floraison, et si le miel n’est pas assez operculé, elle acacia fleur apiculture abeilleplace les cadres dans cette chambre (chaude, ventilée, déshumidifiée) afin d’abaisser suffisamment le taux d’hygrométrie dans le miel. Ainsi il pourra bien se conserver,
  • 2 extracteurs, pour en charger un pendant que l’autre tourne,
  • Tarare pour trier le pollen (séparer les belles pelotes de la poussière et des débris indésirables),
  • Plus un 4×4, chargeur Bonapi, remorque, etc adaptés pour les transhumances.

Le nourrissement de ses abeilles

  • Fin août, après les récoltes, au sirop Apistar Bio, pour les colonies qui n’ont pas assez de réserves dans le corps de la ruche,
  • Janvier / février au candi, Apifonda, choisit pour ses qualités nutritives. Elle l’additionne parfois de poudre de pollen (récupérée dans le tarare) pour aider les colonies un peu faibles,
  • Début de printemps, au sirop Apistar Bio, mais dans lequel elle ajoute de l’eau. Pour les colonies qu’elle veut diviser rapidement, elle ajoute aussi un peu de vinaigre de cidre pour stimuler la ponte. Et dès qu’elle a divisé, elle les emmène sur des colzas bio pour les booster.

Beaucoup de miel, mais pas que du miel

Évidemment Wendy récolte et vend du miel. Elle en récolte entre 25 et 30 Kg par ruche chaque année, avec des pics à 60 Kg rien que sur le colza. Pour éviter que ce miel de colza ne fige dans les rayons par les froides nuits lorraines du début de printemps, Wendy a du extraire 4 fois cette année. Et à chaque fois il faut :

  • Trier dans les hausses les cadres « pleins » et les « vides » ,
  • Récupérer les « pleins » et replacer au-dessus des ruches les cadres restant à remplir en complétant les hausses (pour ne pas y laisser de creux),
  • Mettre les hausses dans la chambre chaudes à 35°, et attendre qu’il y en ait assez pour extraire,
  • Désoperculer et extraire,
  • Mettre en maturateur,
  • Malaxer pour les « crémeux ».
déshydrateur séchoir pollen apiculture

Séchoir à pollen

En plus du miel, Wendy produit aussi du pollen, de la propolis, de l’hydromel et des bougies ; son mari, passionné par la sélection, renouvelle la génétique des reines et gère l’élevage des essaims et des reines !

  • Le pollen : elle le récolte uniquement sur le rucher fixe, grâce à des « trappes percie » prévues pour, avec tiroir à pollen amovible sous le plancher ce qui permet de récolter par derrière (donc sans protection),
  • La propolis : elle la récolte sur des grilles à propolis, mais aussi sur des propocadres, pour les colonies très productives. La récolte se fait en septembre, et c’est à ce moment là qu’elle pose les bandes d’Apivar pour lutter contre les varroas,
  • L’hydromel  : boisson fermentée obtenue en mélangeant de l’eau, du miel et des levures,
  • Bougies : réalisées avec la cire d’opercule.

Quelques bonnes habitudes

On l’a compris, Wendy est rigoureuse, et comme elle sait que chaque colonie est unique, elle les traite chacune au cas par cas. Et pour y arriver, en plus du cahier d’élevage (obligatoire), elle note ses observations directement sur le toit de chaque ruche. Pour cela elle utilise des abréviations et codes. Comme ça, avant même d’ouvrir, elle sait ce qui s’est passé dans cette ruche durant la saison.

Et en plus de ces annotations, elle pique une punaise de couleur sur le coté de la ruche, pour indiquer l’age de la reine (marquée elle aussi en fonction des couleurs standard). Elle n’a donc pas besoin de la chercher pour savoir son age.

En quelques années Wendy est passée de 2 ruches dans son jardin à 200 ruches, et a acquis des connaissances considérables aussi bien sur la conduite des ruches que sur l’élevage d’essaims et de reines. Et en plus elle aime partager toutes ces connaissances. Chapeau bas !

Un grand merci pour tout ce qu’elle m’a appris au cours de cette interview, pour les photos de cet article, et tout le temps passé à répondre à mes questions. Je vous invite à regarder sa page Facebook où vous trouverez encore plus de photos.

Et si un dossier spécial sur les techniques d’élevage (essaims et reines) de Wendy et son mari vous intéresse, dites le-moi dans les commentaires. Si vous êtes assez nombreux, j’organiserais ça avec eux !

Jérôme BOISNEAU

Recherches utilisées pour trouver cet article : avoir 2 ruches.

8 commentaires dans “interview #6 : comment Wendy est passée de 2 à 200 ruches

  1. Jérôme, tu vas devenir un pro du journalisme apicole ! Bravo pour ce nouvel entretien !

    Quant à Wendy et son mari, c’est un bien beau parcours que le leur.

  2. Merci Patrick pour ces compliments :-))
    Pour ma part, j’apprends énormément en conduisant ces interviews, et en plus ce sont toujours de très bons moments d’échange. Je serais vraiment ravi de faire un second reportage chez eux, avec le mari de Wendy, en focalisant sur l’élevage de reines et d’essaims.

  3. Bonjour,
    Très bel article, c’est super de partager avec nous cette belle entreprise!
    Bien sûr qu’un dossier détaillé sur la technique d’élevage de Wendy serait très intéressant! Pour moi, ce serait un trésor!
    Si vous le faites, je serais honoré de pouvoir le lire!
    Cordialement
    Loïc

    • Merci Loïc,
      moi aussi l’élevage d’essaims et de Reines m’intéresse.
      Et je ferai de reportage prochainement. Pensez à vous inscrire ici pour en être averti dès sa parution :-)

  4. Tu apprends et tu nous apprends pleins de bonnes et belles choses sur notre pation
    Merci

  5. bonjour,

    Merci de me faire parvenir un dossier sur l élevage de essaims.

    Bien à vous .

    Eve.

    • Merci pour l’intérêt que vous portez à l’élevage des essaims. Cet article n’est pas encore rédigé, mais dès qu’il le sera, je l’enverrai à toutes les personnes inscrites sur la liste. Alors pour ne pas le rater, inscrivez-vous (si ce n’est pas déjà fait :-) ) en remplissant le formulaire ci-dessous.
      A bientôt

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