Interview #7 : comment Fredéric gère ses 60 ruches entre plaine et haute montagne

Frédéric Bouffier, 46 ans, fils et petit-fils d’apiculteur a travaillé 20 ans dans l’informatique. Mais il y a trois ans il a quitté ses ordinateurs pour reprendre la dizaine de ruches de son père. Aujourd’hui, malgré de grosses pertes dès la première année, il a hiverné 60 ruches. Des Dadant et des Langstroth. Il n’a pas voulu ce mélange de ruches et oriente désormais tous ces investissements vers des ruches Langstroth qu’il trouve plus adaptées à son apiculture de montagne. En effet Frédéric habite au pied des Pyrénées, pas loin de Perpignan. Et s’il a eu autant de perte (17 ruches sur 20) à sa première année, ce n’est pas à cause des pesticides utilisés sur les cultures. Non, c’est à cause de ceux appliqués sur le bétail. En effet, après autant de perte (d’autres apiculteurs pyrénéens ont perdu jusqu’à 100 ruches cette même année) il y a eu des analyses et on a retrouvé :

  • Un produit de traitement anti-tiques et anti-gale (interdit en France sur le bétail ; sur prescription vétérinaire uniquement pour les chiens et chats),
  • Du triphenylphosphate (habituellement utilisé comme retardant de feu dans les PVC et mousses), qui semble t-il est utilisé comme support d’insecticide pour bétail.

Depuis il a créé une pétition pour faire connaître le phénomène et pour demander l’interdiction des néonicotinoïdes. Il pose toujours ses ruches en montagne, mais fait désormais très attention aux élevages quand il choisit l’emplacement d’un rucher.

Transhumance en montagne

Frédéric dispose de ruchers à trois niveaux d’altitude, et il fait transhumer en fonction de la météo et de floraison.

rucher montagne ruche apiculture

  • L’hivernage se passe en plaine, car avec des températures plus douces qu’en montagne la consommation des réserves sera plus faible, et la reprise plus rapide à la fin de l’hiver. Le plancher est fermé car il y a beaucoup de vent chez lui. Sinon il le fermerait quand même au début du printemps pour démarrer la ponte plus tôt. Attention il faut nettoyer ce tiroir de temps en temps pour éviter que la fausse-teigne ne s’y installe.
  • Au printemps les ruches vont soit dans la garrigue sur le thym et le romarin, soit dans le maquis sur le thym, lavande maritime et acacias.
  • L’été en juillet : sur les rhododendrons et framboisiers sauvages.
  • En août : sur la bruyère callune (miel très visqueux)
  • Automne : sur l’inule, qui donne un miel qui fige très vite et très dur.

Ses ruches lui donnent en moyenne 20 à 25 kilos de miel par an qu’il vend pour l’instant chez lui grâce au bouche-à-oreille.

Ses conseils pour bien commencer l’apiculture

Avant de commencer, il faut bien s’informer, lire sur l’abeille, des livres et des blogs sur l’apiculture, voir d’autres apiculteurs puis se lancer avec

  • Des Dadant pour les régions froides,
  • Ou des Langstroth pour le sud, car elles démarrent plus vite,
  • Voir des Warré à condition de ne pas se lancer en mode « laisser faire » comme on le propose parfois sur Internet,

Au début, il faudra passer du temps en observation pour apprendre :

  • En observant la planche d’envol,
  • En ouvrant, mais pas trop souvent.

Si vous voulez fabriquer vous-même vos ruches, pourquoi pas, si vous êtes bon, mais mieux vaut consacrer son temps à se documenter et à observer. Quant aux abeilles, quand on récupère un essaim, on ne sait jamais ce qu’on récupère. Et quand on l’achète, on ne sait pas toujours. Alors pour acheter un essaim, demander à un apiculteur du coin et que vous connaissez, pour avoir des abeilles locales et adaptées. Si vous n’en connaissez pas, demandez au syndicat départemental, au GDSA ou à des associations. Ce sera l’occasion de faire connaissance.

Visites des ruches

Avant d’ouvrir ses ruches, Frédéric tape sur le côté de la ruche avec le plat de la main puis écoute les réactions :

  • Vibrations fortes mais de courte durée : la Reine est là et elle sait rassurer ses abeilles.
  • Vibrations faibles et qui durent plus longtemps : problème avec la reine qui n’a pas su rassurer rapidement ses abeilles. Il n’y a même peut-être plus de Reine.

Pour les premières visites de vos ruches, commencez par observer le trou de vol toujours puis enfumez par devant puis en haut. Regardez sur combien de cadres est installée la population et commencez à enlever les cadres du côté où il y a le moins de monde. Observer le couvain permet de connaître la Reine.

Lutter contre le varroa à l’acide formique.

Le varroa préfère le couvain mâle, donc fin août avant le traitement, pour connaître l’état d’infestation de ses ruches, Frédéric regarde dans les cellules de couvain mâle. Là il cherche les points noirs. Ça lui donne une bonne idée des quantités de varroas. Ensuite il traite. Avant il traitait à l’amitraze (Apivar etc) mais depuis qu’il a repris la suite de son père, il a choisi de ne plus faire entrer de molécules pharmaceutiques dans ses ruches. Alors pour remplacer ces produits faciles d’utilisation et efficace, il a choisi d’utiliser l’acide formique, car ça ne laisse aucune trace dans la cire ni dans le miel et contrairement à l’amitraze, ça passe à travers les opercules du couvain et peut donc détruire les varroas qui s’y trouvent. En revanche, l’application de ce produit est plus délicate que des bandelettes d’amitraze. En effet, il faut que la température extérieure soit inférieure à 30°, sinon l’ évaporation sera trop rapide et il y a le risque de tuer la reine. De plus, comme il ne faut surtout pas que l’apiculteur respire les vapeurs d’acide formique il faut soit être champion d’apnée, soit – c’est plus sûr – porter un masque à cartouches. Il faut aussi protéger la peau contre les projections.

Voilà comment il procède : après la dernière récolte, choisir un jour d’août ou septembre ou les températures annoncées sont inférieures à 25° pendant deux à trois jours. Ce qui est assez courant en montagne.

  • Poser sur les cadres un morceau de plastique (genre pochette transparente) de 10 X 10 cm. Sur ce plastique, poser un morceau d’éponge 8 X 8 cm (éponge de deux à trois mm d’épaisseur, lavé plusieurs fois pour enlever les produits qui sont dessus),
  • Verser de l’acide formique à 65 % sur cette éponge. Les quantités sont en fonction de la ruche. Compter environ 10 ml pour un essaim, 20 ml pour une Langstroth, 30 ml pour une dadant 12 cadres,
  • Poser un nourrisseur retourné qui sert de chambre d’évaporation. Recommencer une à deux semaines plus tard et l’enlever quand elle est sèche (quelques jours).

maqs anti varroa apiculture bio ruche abeilleDepuis 2014, le MAQS a une autorisation de mise sur le marché permettant de l’utiliser dans les ruches. Il est composé de gel (amidon, sucre) imprégné d’acide formique en bandelettes emballées par une enveloppe biodégradable. C’est donc le même principe actif mais beaucoup plus facile à manipuler. Frédéric l’a essayé et est très satisfait (pas de perte de Reine ni d’arrêt de ponte).

Le gros avantage de l’acide formique, c’est que s’il y a besoin, on peut traiter quand il y a les hausses. Mais Frédéric ne traite qu’après les avoir retirées.

Nourissement

Par principe, Frédéric nourri le moins possible. Il ne pratique pas la stimulation au sirop au printemps et se retrouve donc parfois avec des ruches « non-valeurs » qui ne produisent pas de miel pour l’apiculteur. Il donne cependant du sirop aux essaims pour les aider à démarrer mais arrête le sirop dès que possible.

Il donne parfois du Candi en nourrissement d’urgence, si elles ont consommé trop de réserves.

L'elevage des reines - gilles fertPour améliorer ses pratiques apicoles il prend des notes, dans un petit carnet où il consigne la population, le couvain… et ce qu’il faut faire à la prochaine visite. Il lit beaucoup ; le traité Rustica, de temps en temps, mais en ce moment, c’est « L’élevage des Reines« , de Gilles Fert. Il a commencé cet élevage l’an dernier et a bien envie de continuer.

Il s’est regroupé avec d’autres apiculteurs aux pratiques similaires pour avoir 80 kg de cire d’opercules à donner au cirier. C’est la quantité minimum qu’il demande pour leur fournir des cires gaufrées avec leurs propres cires (donc exemptes de toute traces de « cochonneries »).

 

Un grand merci à Frédéric avec qui j’ai passé un très bon moment de partage, et qui m’a appris beaucoup.

Et comme d’habitude, j’ai besoin de vos retours, positifs ou non, alors pour tous ceux qui ont lu jusqu’au bout 😉 laissez-moi un petit commentaire !

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Jérôme BOISNEAU

Crédit photo : akunamatata
Recherches utilisées pour trouver cet article : hivernage ruche haute montagne.

8 commentaires dans “Interview #7 : comment Fredéric gère ses 60 ruches entre plaine et haute montagne

  1. Merci pour cet article c’est intéressant. Je suis en montagne et en Suisse. Ici on traite beaucoup aux acides organiques (on combine le formique en été avec l’oxalique en hiver). J’avais oublié la mise sur le marché du maqs je vais essayer. Manipuler ces acides ce n’est pas top. Je prends les précautions mais… Il m’est arrivé un accident cet été en récupérant un vieux sac plastique dans le coffre de ma voiture. J’avais oublié que j’y avais laissé traîner du matériel avec lequel j’avais traité au formique… Bonjour la bouffée en ouvrant le sac. Alors même si c’est plus onéreux une solution clé en mains je ne suis pas contre…

  2. J’aime bien le truc de la frappe avec la main pour évaluer notre reine! Je vais l’essayer cette saison .
    Québec , Canada

  3. Bravo Jérôme pour ces interviews !
    Quitter les ordinateurs pour les ruches, mon rêve…

    Frédéric, belle reconversion. Pouvons-nous avoir quelques mots sur le sujet?

    Nico

  4. Belle initiative que de proposer ces interview in situ auprès d’autres apiculteurs. Félicitations et bonne continuation.

  5. bonjour! Je suis en plein de demarrage (6 ruches langstr) en tant qu’apiculteur mais le probleme c’est le varroa. chez nous a Madagascar il n’y a plus de personne ou cabinet veterinaire qui vent ce produit ( acide formique) es ce que vous pouvez m’aider pour ces produit et quelque interressant ?

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